Un membre fier de Cunard : L’histoire de Lulu

Lulu on a Cunard ship

Above: Lulu Chisholm, touring the Cunard Liner Queen Elizabeth, when it was docked in New York harbour.

Note de la rédaction : Lorsque nous avons parlé à Lulu pour cet article, elle a mentionné qu’elle adore toujours la musique de Jeanette MacDonald et de Nelson Eddy, des chanteurs des années 1940. Nous vous recommandons d’écouter l’une de leurs chansons pendant la lecture de cette entrée de blogue, si le cœur vous en dit. Voici un lien qui vous permettra d’écouter l’un de leurs grands succès, Indian Love Call : https://www.youtube.com/watch?v=1n_bUSywN94.

L’an dernier, la compagnie maritime Cunard Line a célébré ses 175 ans d’activité. Ses navires légendaires ont parcouru avec élégance les eaux internationales et joué un rôle important pendant près de deux siècles d’histoire.

Lulu Chisholm, d’une vive intelligence à presque 94 ans, a pris le temps, cet automne, de nous parler de la période pendant laquelle elle a travaillé au sein de cette compagnie.

« Vous pouvez presque tout faire à bord d’un navire », affirme Lulu, le regard fixé au loin. Elle se rappelle, dans le plus grand détail, les fois où elle a voyagé à bord des navires de son employeur.

« Il y avait toujours beaucoup de choses à faire. Lors d’un voyage, nous avons organisé un défilé de chapeaux sophistiqués; il fallait alors faire des chapeaux à partir de ce qui se trouvait dans nos bagages. Le soir, il y avait toujours de la musique d’un orchestre et de la danse. Il était même possible de regarder un film à bord – mais qui cela intéresserait-il? »

Lulu Chisholm est née aux îles de la Madeleine en 1921, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans. Son père, un opérateur de code Morse pour la Compagnie Marconi Canada, avait affecté à cet endroit en 1917.

En 1941, Lulu est déménagée à Halifax, où elle a accepté un poste de sténographe. Deux ans plus tard, elle a pris un emploi aux bureaux occupés de Cunard Line à Halifax.

« Beaucoup de choses se passaient à ce moment – .il y avait la guerre, vous savez », dit Lulu.

« Je gagnais 93 $ par mois, alors que je travaillais au service des marchandises. J’étais dactylographe et j’ai fait de la sténographie. J’ai adoré chaque moment de cette expérience. »

À l’époque, les deux plus grands navires de la compagnie maritime – le Queen Elizabeth et le Queen Mary – furent reconvertis pour le transport de soldats outre-mer. Il s’agissait des navires les plus rapides dont on pouvait disposer, et ils pouvaient traverser l’océan Atlantique en quatre jours.

« J’ai vécu ma première expérience sur l’un des navires de la Cunard Line à bord du Queen Mary, qui servait alors au transport de troupes. Notre supérieur a pris les dispositions nécessaires afin que toutes femmes du bureau montent à bord pour le thé de l’après-midi », raconte Lulu. « Nous avons ensuite visité le navire et vu où dormaient les hommes, dans des hamacs disposés en rangées. »

À la fin de la guerre, les simples civils ont recommencé à faire des voyages outre-mer.

Lulu décrit les gens qui arrivaient par train à Halifax afin de se rendre en Angleterre à bord du navire Aquitania de Cunard.

« Les femmes du bureau s’occupaient de l’enregistrement et retiraient une partie du billet lors de l’embarquement. Puis, nous étions invitées à bord pour le dîner », déclare-t-elle. « C’était merveilleux. »

En 1949, Lulu a accepté d’être mutée au bureau de Cunard à Toronto, ce qui lui a permis de se rapprocher de son frère.

« J’y ai accepté un poste au service des marchandises – et je n’étais pas la seule femme; nous étions trois », dit Lulu.

Peu après son déménagement à Toronto, Lulu s’est vu offrir le poste d’adjointe au directeur du bureau – quelqu’un qu’elle respectait énormément.

« C’était un homme merveilleux, toujours habillé impeccablement », dit-elle. « J’étais vraiment heureuse d’occuper ce nouvel emploi; j’avais mon propre bureau et tout. »

À l’époque où Lulu travaillait à Cunard, les employés devaient accumuler 15 ans de service avant d’obtenir 3 semaines de vacances par année.

Lorsque Lulu a obtenu sa troisième semaine, sa bonne amie May Blakely lui a dit : « Nous partons outre-mer, que tu aies le mal de mer ou non. »

Ci-haut : Lulu à bord du Queen Elizabeth. Le navire était amarré dans le port de New York, et Lulu était en vacances avec son amie May. « J’étais très fière de cet ensemble », dit-elle. « Je l’avais fait moi-même. »

« May et moi avons voyagé deux fois ensemble. La première fois, c’était en 1963, à bord du Queen Elizabeth, dans le sud de l’Angleterre. »

Voici ce que Lulu avait à dire au sujet du voyage :

Lors de ce premier voyage, on avançait les horloges d’une heure chaque jour à minuit, de sorte que les gens soient habitués à l’heure d’Angleterre à leur arrivée. Un matin, nous nous sommes réveillées en retard et avons manqué le petit-déjeuner. La serveuse a proposé de nous servir du café, mais nous lui avons dit que ce n’était pas nécessaire. C’était une belle journée, et nous marchions sur le pont. Près de la piscine, il y avait un comptoir, où se trouvait un immense plateau de sandwichs. J’ai demandé à May si elle voulait un sandwich, et elle m’a répondu : « Je mangerai un sandwich, si tu prends une bière! » Alors, nous avons eu des sandwichs et de la bière au petit-déjeuner!

Au retour, Lulu et May ont voyagé à bord du Franconia, un navire beaucoup plus petit, lors du passage d’un ouragan.

« Ce fut toute une expérience! Au cours de la tempête, on nous a donné de petites pilules bleues pour le mal de mer, et nous avons mangé uniquement des sandwichs au poulet et des pommes pendant toute une journée. Pas de liquides supplémentaires. »

La fois suivante, Lulu et May ont voyagé ensemble à bord du Queen Mary en 1965.

Le capitaine Warwick nous recevait dans la salle à manger avant les repas. Par une journée nuageuse, alors que la mer était agitée, j’ai dit : « La mer semble houleuse, mais je ne sens aucun mouvement. Pourquoi? » Le capitaine m’a alors répondu : « Ma chère, nous avons un vent de dos. »

Nos compagnons de table étaient très agréables lors de ce voyage. Nous étions huit et nous avons eu beaucoup de plaisir.

Le chef d’orchestre prenait en note les demandes, et, à notre arrivée dans la salle à manger, les musiciens commençaient à jouer notre musique.

À cette époque, j’adorais écouter Nelson Eddie et Jeanette McDonald.

En 2006, le Queen Mary a fait escale à Saint John, et le capitaine à bord était le fils du capitaine Warwick.

 

Lulu 2006

Ci-haut : Lulu, sur le quai, pour voir le Queen Mary 2 en 2006.

Lulu se souvient de May – sa compagne de voyage lors de ces aventures – avec émotion. May est aujourd’hui décédée, mais Lulu dit que son esprit est toujours avec elle.

« Elle est juste là, sur mon épaule. »

Lulu a terminé sa carrière à Cunard en 1968.

« J’étais fière d’être membre de Cunard, et je le suis toujours », dit-elle avec émotion. « J’adore parler de cette époque. »

En 1976, Lulu a épousé l’amour de sa vie, un homme qu’elle a rencontré aux îles de la Madeleine, alors qu’elle avait 17 ans.

Don Chisholm s’est rendu aux îles en tant que professeur pour les enfants anglophones de la communauté de l’île de Cap-aux-Meules. Il donnait les cours dans la maison des parents de Lulu, et il y a vécu avec eux pendant environ deux ans. Il est parti à l’étranger pour la guerre en 1940, où il a rencontré et épousé sa première femme, Winnifred, en 1942. Il se trouvait en Hollande à la fin de la guerre. Don et sa femme ont eu deux enfants, et, au début des années 1960, la famille est déménagée à Saint John, où Don a accepté un emploi au ministère des Anciens Combattants. Winnifred est décédée en 1974.

En août 1975, alors qu’elle rendait visite à de la famille sur la côte est, Lulu a décidé qu’elle devrait aller voir Don.

« Je savais qu’il n’allait pas bien à ce moment, et il venait de perdre sa femme », dit-elle.

« Quand je l’ai vu, je lui ai donné un baiser rapide sur la joue. Il m’a serrée dans ses bras et a dit : “On peut faire mieux que ça.” Voilà comment cela s’est passé! »

En janvier 1976, Don a rendu visite à Lulu à Toronto, puis, en avril, elle s’est rendue à Saint John pour son 60e anniversaire de naissance. Ils se sont mariés le 29 mai, et Lulu est déménagée dans la maison de Don à Erb’s Cove, dans la baie Belleisle.

« Partout où j’ai vécu, je me suis assurée d’avoir une vue sur l’eau », dit Lulu. « Je suis fière d’avoir fait partie de l’histoire de Cunard. Tous ceux et celles avec qui j’ai travaillé là-bas ont été très bons avec moi. »

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